La vraie histoire
Entre 1978 et 1980, quand jétais un jeune homme, jai composé les 41 pièces qui forment les deux disques de « Eau de source » et 16 des 18 pièces du CD « Chants de pierre. » Par contre, ce projet a été conçu quand javais huit ou neuf ans.
Nous étions des voisins, des cousins, des frères. Nous étions jeunes et nous passions nos journées dété dans le bois qui sillonnait le village à cette époque, libres comme des vikings conquérants. Derrière chez-nous, dans un creux humide et frais, il y avait une falaise de roc, la pierre formant un escalier qui grimpait la face de la muraille. En haut, on traversait un rideau de cèdres pour arriver sur un plateau de chênes, dérables et de soleil, le royaume des lièvres et des corneilles.
Au pied de la falaise, il y avait une source qui coulait hiver comme été, son eau claire jallissant de la pierre, délicieuse et presque trop froide. Cette source était notre trésor, le centre dun monde parfait plein despaces qui habitait dans nos cœurs comme un secret.
Élevé dans le mysticisme de la religion catholique, toutes les choses vivantes de ce monde mystérieux me semblaient apparentées. Le chêne était mon grand-père Villeneuve, sa peau décorce, son silence, sa sagesse et sa force. Et puisque les enfants chez-nous se tenaient à une distance respectueuse de la présence intimidante de mon grand-père, je me rachetais en tentant dencercler ce chêne de mes petits bras, avec lespoir et la prière que cette force et cette sagesse circuleraient comme une sève dans mes veines.
Et dans le silence de la nuit, à quelques cents verges de nos lits, la source coulait pendant que nous sommeillions.
À huit ans, ma foi était que chaque chose vivante de mon monde possédait un esprit qui habitait le même espace, mais un autre univers. Quand jai composé les pièces de « Eau de source » et « Chants de pierre », cétait comme si je traduisait les esprits de ces choses en musique, pour leur permettre de passer de leur univers au nôtre.
Aujourdhui, je crois toujours que toutes les choses vivantes de ce monde sont apparentés : le chêne et lérable, le lièvre et la corneille, leau et la pierre. |
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